• Hom – i – mages

    Série de 5 gravures à l’eau-forte réalisée en 2014, les Hom-i-mages fonctionnent comme des dons pieux à un culte personnel (et cependant largement partagé), le culte de l’image. ¶ Cet ensemble compose une suite de différentes vues cavalières sur des paysages imprécis, dans un entre-deux entre le sauvage et l’urbain. Paysages périphériques, au bord de l’eau ou dans d’étranges parcs, l’indétermination des lieux et leur ressemblances forment un sentiment de flottement. ¶ Mais si les images entre elles semblent esthétiquement liées, elles le sont également par un processus spirituel : en effet, chacune de ces gravures est une œuvre de dévotion à destination du monde de l’image, et en particulier des images fantômes. Images à relier, images dissimulées, images imaginées, images dégradées ou image-reflets, chaque gravure renvoie à sa propre lignée de représentation spectrale. ¶ Le sort de chaque tirage importe également pour que le culte soit rendu : alors que Paresse doit être achevé par le public, Les graffiti attendent d’être vandalisés (tous deux exposés sans vitres, un crayon à leur côté) et Derrière le rideau maintenu à l’abri des regards. ¶ La gravure à l’eau-forte porte en elle-même un processus fantomatique, puisque l’image disparaît (rongée par l’acide) pour renaître, débarrassée de son poids, et capable de multiplication. ¶ L’image est ainsi saisie et célébrée dans une position fugace et intermédiaire, à mi-chemin du visible et de l’invisible. ¶ Gravures eaux-fortes sur papier, différentes dimensions.
  • 49-6

    Formats de 49 sur 60 cm, la série de dessins 49-6 propose des compositions abstraites basées  sur un tirage de chiffres aléatoire. ¶ Réalisées à l’encre de Chine et à la gouache, ces compositions suivent les 6 chiffres d’un ticket de loto, avec à chaque fois différentes correspondances entre le chiffre et sa représentation. Ainsi les chiffres, allant de 1 à 49, peuvent se retrouver dans la répétition de tels éléments, la longueur ou le nombre de côtés de telle forme, l’ouverture de tel angle, etc. Ces correspondances peuvent se répéter ou varier à chaque format. ¶ Dans le platonisme mathématique, chiffres et géométrie vivent dans une dimension invisible qui modèle notre monde. Suivant cette théorie, je tente d’élaborer une composition combinant les 6 chiffres que me fournit un ticket de loto (les chiffres étant tirés au hasard). Pour chaque ticket tiré, un dessin est effectué, suivant un parti-pris formel où se mêlent des références aux temples grecs et aux églises florentines. ¶ Au delà des mathématiques, c’est ainsi le pouvoir de la croyance qui est invoqué — croyance dans l’efficience du signe (des ex-voto aux chèques bancaires), et croyance dans le système monétaire (les banques telles que nous les connaissons, où les biens deviennent chiffres et vice-versa, naissent pendant la Renaissance italienne). ¶ Les compositions 49-6 fixent sur le papier une combinaison de chiffres potentiellement gagnante, donc potentiellement créatrice de richesse. Elles représentent par la même, traversées par cette esthétique pieuse, la prière du joueur, la litanie du croyant, l’invocation du sorcier pour l’idole toute-puissante, le symbole magique victorieux : l’argent. ¶ Série de 6 formats (490 x 600 mm), encre de Chine et gouache sur papier Lavis.
  • Cosmic Strip

    « Si vous voulez trouver du sens, ouvrez un dictionnaire. » ¶ Marshall McLuhan ¶ Née de la compression de comic strip et cosmic trip, cette série de cinq dessins à l’encre de Chine se présente comme un écrasement de différentes narrations et un voyage entre la science et la fiction. ¶ Chacun des formats (760 x 560 mm) contient un ensemble de scènes dessinées et juxtaposées, mêlant des récits d’aventures à des représentations symboliques, des dispositifs scientifiques à des références occultes. Chaque groupes narratifs se condensent en formes géométriques (les cinq polyèdres réguliers de l’espace euclidien) flottant dans les ténèbres. ¶ Découpée dans ces cinq volumes, l’histoire s’étiole dans une suite de potentialités et de divagations. Elle se trouve au centre d’un bloc transparent dont les multiples facettes en donnent autant de versions différentes. ¶ Aussi le cheminement spéculatif du lecteur sera amené à son épuisement, tout comme la volonté de trouver du sens pour l’esprit rationnel. Le récit se détache en effet du déroulement classique attendu par la juxtaposition de cases dessinées, pour s’approcher des associations libres pratiquées en psychanalyse. ¶ Telles les gravures des alchimistes, les Cosmic Strips présentent une narration obscure, une énigme où les clés de compréhension ont été égarées. Elles communiquent ainsi moins leur véritable message qu’un sentiment d’hermétisme et de recherche, empruntant une voie alternative à la conscience et la logique. ¶ L’univers scientifique y est omniprésent, et toujours abordé non comme une discipline porteuse d’un savoir incontestable mais comme une histoire humaine (intellectuelle et physique). La science est ici une aventure où l’Homme compose avec les éléments, pour trouver un sens à son environnement, pour comprendre et maitriser le monde. Elle se résume donc à une lecture, une intrigue, une suite d’épreuve à saisir et affronter. ¶ Ainsi science et fiction sont mises en équivalence, tout comme la logique et l’absurdité, le savoir et le doute, le clair et l’obscur, la géométrie et le chaos, la volonté de compréhension et l’échec de communication. ¶ Série de 5 formats (760 x 560 mm), dessins à l’encre de Chine sur papier Arches.  
  • L’Île A.Z.

    Cette série peinte en 2013 présente trois formats 240 x 386 mm réalisés à la gouache et préparés pour une exposition thématique intitulée « Une île, des îles ». Lors de mes recherches autour de ce thème, j’ai découvert le projet de « l’île A.Z. », qui fut à l’origine de mes peintures et qui aiguilla le déroulé de ce triptyque. ¶ Ce projet d’île artificielle mobile, développé en 1990 par l’architecte J.-P. Zoppini et le groupe Alstom, aurait dû être le plus gros paquebot de luxe au monde (conçu pour accueillir jusqu’à 10 000 personnes sur une surface de 10 ha, contenant hôtels, piscines, marina, etc.). Le chantier, irréalisable car trop volumineux, fut abandonné. ¶ Partant de cette île, symbole d’une certaine démesure élitiste et inconséquente des années pré-90, j’ai décidé de la représenter entourée du reste de l’alphabet, dans une micro-fable en trois temps. La narration suit une logique implacable, à la Jean-Pierre Brisset. ¶ Chaque île est nommée avec deux lettres de l’alphabet (à la suite de A.Z., donc B.Y., C.X., D.W., etc.) faisant un tour complet autour de l’île A.Z., représentée au centre de chaque format. Pour chaque lettre, un objet ou un personnage. Ainsi A comme Ancre et Z comme Zèbre. ¶ Dans le format L’île A.Z. attendant la montée des eaux, le paquebot est piégé dans l’archipel de l’alphabet. Il doit attendre, pour effectuer sa croisière, que le niveau de la mer monte, entrainant la disparition des autres îles. ¶ Au format suivant, L’île A.Z. a levé l’ancre, la montée des eaux a eu lieu, entrainant également la montée des O. (Obus et Œil) sur l’île A.Z. Cette dernière lève l’ancre, ainsi l’encre (utilisée sur le premier format) est retirée de l’île. ¶ Le reste de l’histoire suit ce principe de jeux de mots et d’homophonies ; c’est donc le langage qui est ici pris au piège et qui créé une narration malgré lui, à travers une méthode naïve et une exécution minutieuse. Dans la lignée du Locus Solus de Roussel, L’île A.Z. propose une visite dans un univers clos et mécanique, où la langue, prise à défaut, nous offre une variation libre. ¶ Triptyque (240 x 386 mm), gouaches et encre de Chine sur papier Canson.